Histoire du militantisme pédophile ; Vers un socialement correct ?

Massivement rejetée, la pédophilie reste l’un de ces marqueurs sociaux difficilement déboulonnable par les forces libertaires du changement que sont les francs-maçons modernes et certains pans de « la gauche ». Est-t-on « réactionnaire » en étant contre la pédophilie ? Est-t-on un pervers en étant pour ? Quel serait l’âge optimal pour le consentement sexuel ? Est-t-il sain de se poser ces questions ?

Le sexe reste une composante centrale de l’humain, et dans le contexte de révolution/contre-révolution, dans le contexte de la guerre idéologique nationalisme/internationalisme, dans le cadre de la perte sensible des valeurs familiales séculaires, il est peut-être normal de soulever ces questionnements. Qui a raison, qui à tort ? Le militantisme et le laxisme pédophile font partie de la société. Jusque quand ?

Voici un article de Wikipedia, l’encyclopédie libre, introduit par une courte vidéo d’actualité (2014, KlaTV International) montrant un certain « deux poids deux mesures » au parlement européen, de la part des Verts allemands :

« L’histoire du militantisme pédophile décrit les formes qu’ont prises l’organisation et l’action de certains groupes de personnes ayant pour objectif l’acceptation de la pédophilie et la modification de la perception sociale envers cette attirance sexuelle, considérée comme maladive ou criminelle dans la plupart des sociétés actuelles.

Né aux Pays-Bas, le militantisme pédophile s’est développé en Europe occidentale et aux États-Unis à l’époque de la libération sexuelle et a connu son apogée à la fin des années 1970, tout en étant très mal perçu par la majorité des populations, avant de connaître un déclin marqué de suspicion lorsque les mouvements homosexuels ont cessé de le soutenir et que les sociétés dans lesquelles il s’était développé l’ont rejeté massivement. » (Sommaire et article sous la vidéo)

Sommaire

  • 1 Les débuts du militantisme (1950-1970)
  • 2 Le militantisme pédophile dans la Révolution sexuelle
    • 2.1 Pays-Bas : une recherche abondante, une société assez réceptive
    • 2.2 Europe francophone : le soutien des intellectuels et de la gauche à des militants solitaires
    • 2.3 Une acceptation plutôt minoritaire
  • 3 La structuration du mouvement
    • 3.1 En Europe du Nord et germanique
    • 3.2 Dans les pays anglophones
    • 3.3 Les mouvements européens francophones
    • 3.4 Des mouvements dispersés
  • 4 Depuis le milieu des années 1980 : le déclin du militantisme pédophile
    • 4.1 Malgré l’apparition de nouveaux groupes un déclin du militantisme pédophile
    • 4.2 Le militantisme pédophile écarté de la Révolution Sexuelle
    • 4.3 Un contexte sociétal de plus en plus défavorable au militantisme pédophile
    • 4.4 Des excès médiatiques et judiciaires remis en question
  • 5 Annexes
    • 5.1 Notes et références
    • 5.2 Documentation
      • 5.2.1 Ouvrages
      • 5.2.2 Articles
      • 5.2.3 Documents officiels
      • 5.2.4 Ressources en ligne

 

Les débuts du militantisme (1950-1970)

lolita2De sa théorisation par Richard von Krafft-Ebing en 1886 aux années 1950, la seule approche de la pédophilie est psychiatrique. En 1955, la parution de Lolita, roman de Vladimir Nabokov qui montre d’une façon très précise comment peut penser un homme attiré par les jeunes filles prépubères permet au grand public de prendre conscience de l’existence de la pédophilie indépendamment de tout désordre psychologique ou de situation sociale instable[1]. Cependant, il n’existe pas encore d’organisation ni de personnalité visant à faire connaître et accepter la pédophilie.

Constatant le peu de travaux et de connaissances autour de la pédophilie, le peu d’information dont disposent les pédophiles et l’attitude réprobatrice de la psychiatrie envers leur attirance, le Docteur en droit et sénateur Edward Brongersma et le psychologue néerlandais Frits Bernard font ensemble le contact avec le Cultuur en Ontspanningscentrum (Centre de culture et de récréation[2], aujourd’hui COC Nederland), association de défense des droits des homosexuels. Brongersma et Bernard ont écrit de 1959 à 1964 plusieurs articles présentant la pédophilie sous un jour positif dans la revue du COC Vriendschap (Amitié), mais la création d’un groupe de travail interne lui est refusée. L’Association néerlandaise pour la réforme sexuelle (Nederlandse Vereniging voor Seksuele Hervorming, NVSH), tête de proue du mouvement pour les libertés sexuelles, a alors une attitude très critique envers les pédophiles[3].

À la même époque, Bernard fonde à La Haye l’Enclave Kring (Cercle de l’Enclave). Ce groupe se définit comme un mouvement visant à « briser les préjugés sur les conséquences des contacts et relations sexuels entre mineurs et adultes, fournir des informations et conseils à ce sujet et mettre en place un programme d’assistance direct ». Une maison d’édition du même nom est fondée en 1958, afin de propager les idées du groupe. Selon Bernard, l’Enclave Kring devient une organisation internationale, avec des soutiens en Europe Occidentale, au Japon, à New York et Hong Kong, où le psychologue tient des conférences[3]. Des publications non liées à l’Enclave Kring, comme les revues néerlandaises Vriendschap (COC), Verstandig Ouderschap (La parenté raisonnable, NVSH), la revue allemande Der Weg zu Freundschaft und Toleranz (La voie de l’amitié et de la tolérance) ou danoise Amigo publient des articles présentant le mouvement sous un jour favorable, toujours selon Bernard[3]. Cependant, l’audience de l’Enclave Kring reste très faible et ne dépasse guère les cercles d’initiés néerlandais ou allemands[4].

À partir de 1969, en raison de l’évolution sociétale et de la radicalisation des avant-gardes, les positions de la NVSH évoluent, et un groupe de travail sur la pédophilie y est formé[5]. Ce groupe publie en 1972 Sex met kinderen (Le sexe avec les enfants), ouvrage qui présente le bilan de dix années de recherches sur les relations sexuelles entre adultes et enfants, dans l’optique pro-pédophile du mouvement. L’influence de cet ouvrage est assez grande aux Pays-Bas[3] et en Allemagne[6], mais hors de ces deux pays, peu de personnes s’intéressent à la défense de la pédophilie avant le milieu des années 1970.

Dès cette époque, les arguments et revendications des militants pédophiles sont fixés. Ceux-ci proclament un relativisme concernant la nocivité de relations sexualisées entre enfants et adultes et souhaitent l’intégration des pédophiles dans la société, la déclassification de la pédophilie des listes de troubles mentaux et l’abolition des majorités sexuelles.


Le militantisme pédophile dans la Révolution sexuelle

Avec la Révolution sexuelle, la recherche sur la pédophilie se développe et les pédophiles peuvent s’exprimer plus librement. Se développe un activisme revendicatif, qui cherche à attirer l’attention des médias pour faire avancer sa cause[7].

Pays-Bas : une recherche abondante, une société assez réceptive

Au début des années 1970, c’est toujours aux Pays-Bas que sont écrits la majorité des articles sur le sujet (la plupart cherchant à définir l’impact à court et long terme de contacts sexuels entre enfants et adultes sur les premiers), à partir de points de vue théoriques comme pratiques, par Bernard, le psychologue Theo Sandfort, l’avocat et politicien Edward Brongersma ou le psychiatre Frans Gieles. Les données utilisées par ces chercheurs proviennent de pédophiles en analyse et d’entretiens avec des adultes et des jeunes ayant eu des relations sexuelles avec des adultes dans leur enfance ou leur adolescence. Bernard affirme en 1988[8] qu’à cette époque, en tant que psychologue et qu’expert appelé souvent en cour de Justice, il a parlé à et analysé « plus d’une centaine d’adultes pédophiles et environ trois cents enfants et adolescents ayant eu des contacts sexuels avec des adultes ». Au sein de l’Association Néerlandaise pour la Réforme Sexuelle (NVSH), le Studiegroep Pedofilie (Groupe d’études sur la pédophilie) regroupe des spécialistes de l’enfance, des psychiatres, des juristes, et fournit un important travail d’information.

Le 22 juin 1979, la NVSH, la Ligue Coornhert pour une réforme de la loi pénale, la Confédération humanitaire et des organisations hollandaises, envoient au parlement du pays et au ministre de la justice une lettre et une pétition demandant la légalisation des rapports sexuels consentis entre enfants et adultes[9]. La pétition est signée par l’Association hollandaise pour l’intégration des homosexuels (COC, la principale organisation homosexuelle du pays) ; la Fédération féministe hollandaise officielle ; tous les cadres du Parti travailliste, alors première force politique du pays, ainsi que de plus petits partis représentés à la chambre basse comme le Parti démocrate-socialiste, le Parti socialiste pacifiste, le Parti démocratique et le Parti radical ; tous les cadres des mouvements de jeunesse des partis libéraux, travaillistes et conservateurs ; un grand nombre d’universitaires, de physiciens, de psychiatres, de psychologues, d’éducateurs, de professeurs ; la Confédération des enseignants protestants ; et quelques personnalités. « Alarmés par le succès de la pétition », les pédopsychiatres de la Société psychiatrique néerlandaise s’opposent à la décriminalisation des rapports sexuels enfants-adultes en arguant que cela risquerait d’affaiblir l’autorité parentale[10].

L’année suivante, la COC déclare que la cause des pédophiles est liée à celle des homosexuels et que la libération des homosexuels ne sera jamais complète sans la « libération des enfants et des pédophiles »[11]. En 1981, la Fondation hollandaise protestante pour un développement familial responsable (PSVG) édite et distribue dans les écoles élémentaires néerlandaises des dizaines de milliers de copies d’un livret illustré intitulé Pedophilia, pour informer les enfants sur ce qu’est la pédophilie[12].

Europe francophone : le soutien des intellectuels et de la gauche à des militants solitaires

tony-duvert-paysage-de-fantaisieLe statut particulier des intellectuels en France[13], qui avait permis à certains écrivains (Henry de Montherlant, André Gide, Roger Peyrefitte, etc.) d’assumer leurs goûts sans être trop inquiétés, et qui le leur permet encore[14], permet aussi le développement d’une littérature pédophile à partir de la fin des années 1960, dont Tony Duvert[15] et Gabriel Matzneff[16] sont les deux principales figures. Leurs œuvres, parfois très crues, sont reconnues par la critique : Duvert obtient le Prix Médicis en 1973 pour Paysage de fantaisie et les romans de Matzneff sont généralement bien accueillis[17]. À ce travail littéraire, les deux auteurs ajoutent un travail de militant essayiste à partir de 1974, date à laquelle paraissent Le Bon sexe illustré, essai de Duvert paru aux Éditions de Minuit stigmatisant les méthodes d’éducation sexuelle en France, et plus globalement, d’éducation[18], Les Moins de 16 ans, pamphlet de Matzneff dans lequel celui-ci exalte l’amour des jeunes adolescentes, se justifiant par la littérature, et aussi Émile perverti traité d’anti-éducation écrit par l’universitaire et philosophe René Schérer.

Ce foisonnement théorique, qui s’inscrit dans une perspective révolutionnaire plus que dans la justification d’un goût particulier, est assez bref. En 1976, Schérer et Guy Hocquenghem dirigent un numéro de la revue Recherches sur l’enfance et l’éducation, « soutenu notamment par Michel Foucault et François Châtelet [et qui] marque sans doute l’apogée de ce type de discours » intellectuel sur la pédophilie et l’hébéphilie[19].

Des médias de gauche à grande diffusion contribuent à la diffusion de ces idées[20], en publiant des lettres ou interviews[21] de pédophiles rapportant leur expérience, des pétitions[22] et lettres contestant la validité de la notion d’attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans, et en offrant des tribunes à Matzneff[23] ou Duvert[24]. Ces publications relèvent d’une stratégie globale de remise en cause de la société, et sont revendiquées avant tout au nom de la liberté d’expression[25],[26].

Cependant, l’élargissement ou non du « jouir sans entraves » aux relations sexuelles entre enfants et adultes est dès 1968 un sujet de débats au sein des groupes militants : la dissolution de Vive la révolution dirigé par Roland Castro en 1971, est due en partie aux débats qui ont suivi le refus exprimé par Hervé Hamon de publier une interview de René Schérer[26].


Retour de la pédophilie : un héritage de mai 1968

(Tiré de notre dossier Les Dessous de l’hyper-sexualisation)

debuts-du-militantisme-pedophile

 

Une acceptation plutôt minoritaire

L’exemple hollandais et celui des intellectuels francophones ne doivent pas masquer la persistance d’un rejet global de la pédophilie par les sociétés. Les adultes ayant des contacts sexuels avec des enfants ou des pré-adolescents sont fortement pénalisés légalement, les pédophiles pratiquants se retrouvent très souvent en prison, puis marginalisés[27]*, et lorsque les groupes pédophiles se structurent et se font connaître des opinions publiques, les réactions sont souvent très négatives[28].

*Ndlr : Il me semble pourtant que les différentes personnalités françaises (parfois ministres) évoquant explicitement leurs penchants pédophiles à la télévision ne sont JAMAIS repris ni inquiétés.

Au sein même des avants-gardes progressistes, les féministes sont souvent perplexes[29] quant à la réelle possibilité de relations librement consenties entre adultes et enfants, la pédophilie étant considérée comme un miroir de l’aliénation des faibles par le sexe masculin[30]. Le fait que la grande majorité des pédophiles ainsi que des consommateurs de pornographie et de prostitution enfantines soient des hommes vient appuyer cette thèse[31]

 

La structuration du mouvement

À partir du milieu des années 1970 apparaissent des organisations spécifiquement pédophiles, au-delà des associations homosexuelles et de penseurs isolés. Cette radicalisation du mouvement, et la multiplication des groupes jusqu’au milieu des années 1980, tout en permettant aux militants pédophiles de se rencontrer et d’échanger des idées[32] et de se faire connaître par les opinions publiques, marque le premier pas vers leur rejet.

 

En Europe du Nord (..)

loving-boys-das-padosexuelle-abenteurEn Hollande, en plus du Studiegroep Pedofilie de la NVSH, de nombreux groupes voient le jour, impulsés notamment par l’action prosélyte d’Edward Brongersma et Frits Bernard[33] : le Stiching Studiegroep Pedofilie (SSP) ; le Landelijke Werkgroep Jeugdemancipatie (ex-Pedofilie), groupe spécifique de l’organisation Nederlandse Vereniging Voor Seksuele Hervorming (NVSH -LWGJ) ; Spartacus, éditeur d’une revue en anglais, Pan Magazine, à diffusion internationale, et du guide Spartacus qui cause un scandale au milieu des années 1990 [34] ; à partir de 1982, MARTIJN, seul groupe en Europe qui subsiste encore aujourd’hui, mais sans avoir beaucoup d’influence.

C’est en Flandre belge que se forme le premier groupe pédophile hors de Hollande, après une conférence donnée à Anvers en avril 1973 par le groupe d’étude sur la pédophilie de la NVSH. Le Studiegroep Pedofilie organise des rencontres hebdomadaires et collecte des informations sur la pédophilie (regroupées dans un centre de documentation basé à Hasselt). En 1981 s’ajoute Stiekum, plus militant (tracts, interventions en milieu institutionnel, à la radio, etc.)[35]. Ces groupes, qui restent plutôt informels, sont à partir de 1984 l’objet d’attaques de partis de droites, dont le Vlaams Blok, qui, leur reprochant « d’habituer les gens au phénomène de la pédophilie  », diffusent dans leurs publications et dans les journaux flamands des appels à les interdire, et organisent des manifestations de protestation lorsque se tiennent en Flandre conférences et débats sur la pédophilie[36].

En Allemagne, le Deutsche Studien und Arbeitsgemeinschaft Pädophilie (DSAP, Société allemande d’étude et de travail sur la pédophilie) regroupe à partir de 1979 plusieurs groupes locaux et publie Befreite Beziehung (douze numéros) puis Die Zeitung. À la fin de 1981, ses deux cents membres, ne parvenant plus à s’entendre, provoquent la dissolution de fait du mouvement. L’Arbeitskreis Päderastie (AKP, Groupe de travail sur la pédérastie), petit groupe de réflexion formé en 1979, devient alors le principal mouvement germanique, bien qu’il s’adresse presque uniquement aux pédérastes. Kinderfrühling, qui reprend l’édition du Befreite Beziehung, naît de la dissolution de la DSAP[37].

Dans d’autres pays d’Europe du Nord, les petits groupes qui existent ont une influence anecdotique, que ce soit le Schweizerische Arbeitsgemeinschaft Pädophilie (SAP) en Suisse, le Paedofil Gruppe au Danemark, le NAFP en Norvège ou le Paedofilia Arbeitsgruppen (PAG) en Suède[33]. En 1985, la Danish Pedophile Association (DPA) est créée au Danemark.

 

Dans les pays anglophones

À la fin des années 1970, le militantisme pédophile se développe également au Royaume-Uni et aux États-Unis avec la formation en 1974 en Écosse du PIE (Paedophile Information Exchange, plus tard basé à Londres), et en 1978 à Boston de la NAMBLA (North American Man/Boy Love Association). Ces deux groupes ont une certaine notoriété au début des années 1980 suite au tollé que suscitent les propos de certains de leurs membres, activistes radicaux[38], et à la diffusion à assez large échelle de leurs revues, le Magpie et le NAMBLA Bulletin. En 1984, le PIE se dissout, face à la pression publique[39], alors que la NAMBLA existe toujours (elle avait en 1995 encore environ 1100 membres[40]). Les réactions que suscitent le PIE et la NAMBLA à leurs naissances respectives montrent le peu de réceptivité des sociétés anglophones pour de tels mouvements[41].

Les « cercles de documentation et de réflexion », comme la René Guyon Society, le Childhood Sensuality Circle (CSC, créé en 1975 par Valida Davila[42]) ou la Sexual Freedom League, ont une audience très limitée car ils n’essayent pas de se faire connaître[33].

En Australie est fondé en 1983 (ou 1980) l’Australian Paedophile Support Group, qui se dissout après l’intrusion de policiers en son sein. Ses membres se regroupent alors dans le BLAZE (Boy Lovers and Zucchini Eaters), qui est assez vite rendu inactif par la police[43].

 

Les mouvements européens francophones

liberation-1978-pedophilieLa première organisation pédophile francophone naît dans le cadre de l’« Affaire de Versailles » lorsque paraît dans Libération un appel à participation à une réunion pour constituer le FLIP (Front de libération des pédophiles). Si cette réunion a bien lieu, le FLIP ne lui survit pas, des divergences survenant entre les personnes présentes. Les plus radicaux fondent à la mi-77 le FRED (Front d’action de recherche pour une enfance différente), qui définit en décembre de la même année un programme, publie quelques textes en 1978[44], fait quelques interventions de terrain, puis disparaît début 1979, par manque d’organisation et à cause de dissensions entre ses membres[45].

Le premier groupe militant pédophile francophone à durer est le GRED (Groupe de recherche pour une enfance différente), fondé en juillet 1979, membre du CUARH (Comité d’urgence antirépression homosexuelle) et de l’IGA (International Gay Association). Le GRED tente dans sa revue Le Petit Gredin (10 numéros de 1981 à 1987) « d’élargir son public aux « professionnels » de l’enfance, aux parents eux-mêmes, aux juges et aux éducateurs. Et aux enfants ! » [46] afin d’être un organe de débat plus que de militantisme, attitude que le mouvement adopte également lors des conférences et tables rondes auxquelles il est convié.

Le CRIES (Centre de recherche et d’information sur l’enfance et la sexualité) est fondé en Belgique, suite à la disparation du Groupe d’étude sur la pédophilie (GEP), par Philippe Carpentier afin de « rassembler des gens comme [lui] » indépendamment du mouvement homosexuel[46]. De début 1982 à fin 1986, le CRIES publie vingt-huit numéros de L’Espoir[47]. Cette revue est avant tout un organe militant qui, à travers récits, illustrations et articles sur les mouvements amis, fait l’éloge des amours pédérastiques.

Dans les années 1980, parallèlement à ces organes de mouvements militants, paraissent divers magazines[46] commerciaux, plus ou moins liés au militantisme pédophile comme Palestra, dirigée par Jean-Manuel Vuillaume et François Valet, qui ambitionnait de « recenser les grandes figures culturelles de l’enfant », ou Gaie France (1986-1993), publiée par Michel Caignet et qui, à ses débuts, soutient pédérastes et pédophiles. De nombreuses revues de photographies sont aussi publiées : Backside (1983-1985)[48], Jean’s (1985)[49], Beach Boys (1985-1986), Eklat (1985) et Photokid (1986).

Ces groupes, qui se rattachent encore à l’esprit contestataire post-soixante-huitard et aux mouvements homosexuels, ont cependant conscience d’un changement des mentalités, aussi bien de la part de leurs anciens alliés que de la société en général[50].

Certains sont par la suite discrédités avec l’implication de membres dans des affaires de viol sur mineur, comme l’affaire du Coral en 1983, ou de vente d’images pédopornographiques ; le CRIES disparaît brusquement en 1987 lorsque l’on découvre que, derrière les photos « soft » de L’Espoir, Philippe Carpentier organisait un trafic d’images et de vidéos pédopornographiques impliquant dix-huit pays[51] ; Jean-Manuel Vuillaume est condamné en 1997 pour avoir tourné en Colombie des vidéos pornographiques mettant en scène des adolescents mineurs[52], affaire à laquelle Michel Caignet est également mêlée. Il semble donc possible que ces revues et mouvements aient pu parfois contribuer, au moins indirectement, à la formation de réseaux dits « pédocriminels ».

 

Des mouvements dispersés

Ces mouvements, s’ils se font des publicités réciproques dans leurs publications, sont cependant peu nombreux, peu influents et surtout peu coordonnés, d’où le regret parfois exprimé de l’absence d’une Internationale pédophile[réf. nécessaire], bien que certaines tentatives de regroupement soient effectuées, souvent à l’échelle nationale.

Les 5 et 6 juillet 1986 la NAMBLA, la SAP suisse, un groupe australien et des mouvements scandinaves se rencontrent à Copenhague. Ils rappellent que le combat pour l’acceptation de la pédophilie dépend du combat pour la liberté sexuelle et que les pédophiles doivent continuer à combattre de front avec les homosexuels, tout en constatant affronter une très vive hostilité de la part des féministes[53]. Cette rencontre, qui survient alors que le mouvement s’essouffle, n’a pas d’effet concret. Actuellement, l’IPCE organise depuis sa création une rencontre annuelle de ses membres mais celle-ci n’accueille que très peu de personnes (quatre en 2006)[54].

 

Depuis le milieu des années 1980 :
le déclin du militantisme pédophile

 

Malgré l’apparition de nouveaux groupes un déclin du militantisme pédophile

Au début des années 1990 est créée l’IPCE (International Pedophile and Child Emancipation[55]), organisation internationale à vocation principalement informative, et qui n’est maintenant présente que sur Internet, et en 1993 Krumme 13, organisation allemande. Krumme 13 se dissout en 2003 et la DPA en 2004, face à l’opprobre publique générale et au manque de soutien de la part des anciens défenseurs de l’activisme pédophile[56]. En 2007, seuls la NAMBLA et MARTIJN continuent à exister sur la place publique.

L’arrivée d’Internet offre un nouveau souffle au militantisme pédophile, en permettant aux pédophiles attirés par les garçons (Boylovers) et par les fillettes (Girl Lovers) de se retrouver sous le drapeau du Childlove, dont Lindsay Ashford est une figure emblématique. En 1995 est créé BoyChat, bientôt suivi par l’association Free Spirits, qui a pour objectif de fournir des services internets sécurisés aux pédophiles, en 1997, puis par GirlChat. En 2001 est créée par Jeffrey Gold en Floride la Sure Internet Quality Radio, première radio pour Boylovers[57]. Ces rassemblements virtuels de pédophiles les entraînent à se rencontrer hors du net[58]. Les forums restent cependant à faible audience, et plus que de l’activisme, ils constituent des lieux de contact entre pédophiles.

Le 31 mai 2006 est annoncée la création aux Pays-Bas du PNVD (Partij voor Naastenliefde, Vrijheid en Diversiteit), parti politique hollandais proposant l’abolition de toute majorité sexuelle, par trois militants pédophiles, mais comme ce parti propose également d’autres mesures jugées par beaucoup comme fantaisistes (gratuité totale des transports, légalisation de la zoophilie, etc.) sans s’attaquer aux réels problèmes de la société contemporaine néerlandaise, il est soit moqué, soit attaqué (par des associations chrétiennes, le parti conservateur et la grande majorité de l’opinion néerlandaise)[59]. Finalement, il ne peut se présenter aux élections, faute d’avoir recueilli les signatures de soutien nécessaires.

 

Le militantisme pédophile écarté de la Révolution Sexuelle

Ce déclin des groupes pédophiles militants est à lier à un rejet de leur action de la part des sociétés, même les plus ouvertes, et surtout des acteurs de la Révolution Sexuelle.

Après 1982, l’activisme pédophile d’Europe Occidentale, s’il n’essuie pas autant d’attaques que l’activisme américain, commence à décliner : les médias n’en parlent plus, les principaux militants se lassent (Bernard prend sa retraite de psychologue, d’expert et de membre d’organisations internationales en 1985[8]). Ce déclin est à lier à celui de la défense des libertés sexuelles : la NVSH connaît alors une grande crise financière lorsque ses membres passent de 240.000 (années 1970) à 10.000 (1986)[12], et dans l’ensemble des pays occidentaux, ces combats des années 1970 ne sont plus d’actualité[60].

Lorsqu’en 1985 les Verts allemands, parti en pointe lors de la Révolution Sexuelle incluent dans leur programme, après plusieurs mois de travail, des propositions visant à abolir les articles de loi sur la majorité sexuelle, en insistant par exemple sur le fait que « les rapports sexuels avec des enfants sont pour les deux parties [enfants et adultes] (…) productifs », cela suscite un tollé, et beaucoup d’électeurs habituels du parti reportent leurs voix sur le SPD[61]. Même les électeurs les plus progressistes n’acceptent plus l’idée de la défense des pédophiles.

À partir de la même année, la police hollandaise se met à collaborer étroitement (des réunions hebdomadaires au moins jusqu’en 1989[12]) avec le FBI pour apprendre à « traquer les producteurs et consommateurs supposés de pédopornographie »[10], car le Congrès américain (via le Sous-comité permanent aux investigations du Comité sur les affaires gouvernementales, dirigé alors par le républicain William Roth), pense que les Pays-Bas sont alors « parmi les principaux exportateurs de pédopornographie aux États-Unis » et qu’il y aurait à Amsterdam des ventes aux enchères d’enfants afin de les prostituer, allégations qui sont invalidées en août 1986 par le rapport définitif d’un groupe de travail sur la pédopornographie dirigé par le ministre de la justice Altes[10],[12]. Cette action de la police néerlandaise montre un changement de mentalité dans ce pays où l’activisme pédophile avait rencontré le plus de succès.

C’est surtout au sein même des mouvements de la Révolution Sexuelle que le militantisme pédophile est de plus en plus décrié. Les acteurs de l’époque n’assument plus aujourd’hui les propos qu’ils avaient tenu alors[62], et la défense de la pédophilie à l’époque est majoritairement interprétée comme un « aveuglement collectif » (selon l’expression de Jean-Claude Guillebaud[63]). Certes, ce rejet de la part des acteurs de la Révolution Sexuelle avait commencé avec la naissance du militantisme pédophile : Geneviève Fraisse rappelle en 2001 que dès 1975 elle « vivait très mal » la volonté d’une « sexualité commune adulte-enfant »[64], propos que l’on retrouve très souvent de la part des femmes impliquées dans la Révolution Sexuelle[26], et déjà dans des revues homosexuelles d’époque[65] mais il ne se fait clairement entendre qu’après la période.

Les lesbiennes avaient été les premières à s’opposer aux pédophiles au sein des mouvements GLBTQ : en 1980, un « rassemblement lesbien du comité pour la Gay Pride » (« Lesbian Caucus – Lesbian & Gay Pride March Committee ») appelle à boycotter la Gay Pride de New York à cause d’une supposée mainmise de la NAMBLA sur son comité d’organisation[66]. En 1983, lorsque le mouvement homosexuel britannique CHE (Campaign for Homosexual Equality) soutient le PIE, en proie à une campagne de presse négative, le magazine condamne cet appui comme nuisible à la cause homosexuelle[67]. Ce processus de marginalisation[68] se poursuit jusqu’en 1994, date à laquelle l’International Lesbian and Gay Association, afin d’obtenir un statut consultatif au Conseil économique et social des Nations unies*, décide d’exclure quatre groupes pédophiles militants : les américains NAMBLA et Project Truth, le hollandais MARTIJN et l’allemand Verein für Sexuelle Gleichberechtigung (VSG, « Association pour l’égalité sexuelle »)[69]. La Révolution Sexuelle, à la fin des années 1990, s’est débarrassée de son passé pédophile[70].

*Ndlr : Entre-temps, certaines idées semblent avoir fait du chemin : Déclaration internationale des droits sexuels des enfants à 10 ans, par l’ONU


Un contexte sociétal de plus en plus défavorable au militantisme pédophile

À la fin de 1981, on pouvait lire dans un éditorial du Petit Gredin : « La pédophilie, la pédérastie sont de plus de plus les objets de la vindicte sociale alimentée par les mass media »[71]. En effet, depuis cette époque, la pédophilie fait l’objet d’une « condamnation unanime » et « le pédophile apparaît comme l’incarnation du criminel le plus abject »[72],[73],[19]. Si un auteur comme Matzneff continue à être bien perçu par la presse [74], on n’entend plus beaucoup parler de lui (Hugo Marsan l’a qualifié de « dandy oublié »[75]) et les artistes contemporains qui, sans être pédophiles, mettent en scène des relations sexuelles d’adultes avec des enfants consentants[76],[77] ou font des œuvres assez ambiguës pour que certains puissent les interpréter comme posant la possibilité d’un tel rapport[78] provoquent des scandales. Il y a donc eu un « changement radical »[19] d’attitude de la part des sociétés, que trois principales séries de facteurs pourraient expliquer.

Tout d’abord l’émergence du SIDA qui aurait engendré une peur de la sexualité et le retour à un certain « ordre moral »[réf. nécessaire]. Le militant allemand Wolfgang Tomasek déclare à ce sujet en 1988 : « [le combat pour] l’émancipation des pédophiles ne m’amuse plus. Le virus [du SIDA] a tout détruit. »[8].

Ensuite, « un changement dans l’appréciation des violences sexuelles »[réf. nécessaire]. Si les pédophiles prétextent la liberté des enfants à disposer de leur corps pour justifier leurs doléances[3],[18], on les accuse de ne pas se poser la question du discernement des enfants et de la facilité à les abuser, ainsi que de ne pas se soucier de leur perception a posteriori du contact sexuel ; à partir des années 1980, la thèse que tout contact sexuel entre un adulte et un enfant provoque des séquelles psychologiques très graves chez le second devient une « image généralement admise »[79]. La réprobation du viol sur mineur, qui perd son statut de tabou[80], grandit. De plus en plus d’affaires sont jugées par les tribunaux : en France, le nombre de viols sur mineurs constatés passe de 100 en 1984 à 578 en 1993[81], et celui des atteintes ou agressions sexuelles sur mineurs avec circonstances aggravantes de 355 en 1984 à 882 en 1993 et 3815 en 2004[82]. La prévention devient une priorité aussi bien législative[83] que populaire, comme en témoigne en octobre 1996 la première Marche Blanche, qui réunit à Bruxelles suite à l’Affaire Dutroux plus de 300.000 personnes, et le sujet « porteur »[réf. nécessaire] pour les médias[84].

Enfin, avec l’accroissement du ressentiment contre les violences sexuelles envers les mineurs et l’arrivée subite de la pédophilie dans le champ médiatique, pédophiles et activistes pédophiles sont de plus en plus assimilés aux violeurs d’enfants[85] : selon Georges Vigarello, la fin du XXe siècle voit apparaître une « manière de définir la pédophilie (…) inéluctablement liée à la « violence » et non plus au seul « amour » de l’enfant »[86].

 

Des excès médiatiques et judiciaires remis en question

Depuis l’Affaire d’Outreau, on note en France les prémices d’un « quatrième temps »[réf. nécessaire] de cette histoire avec la dénonciation de la sacralisation de la parole de l’enfant[87], de l’emballage médiatique autour du sujet en dépit des règles de base du journalisme[88], et plus généralement des « effets pervers »[réf. nécessaire] de la protection de l’enfance[89].

Cette dénonciation de la « pédofolie »[90] ne signifie pas pour autant acceptation des théories des militants pédophiles : l’apparition du PNVD en mai 2006 a suscité plus de consternation et d’indignation[91],[59] que de soutien [92] ou d’articles neutres sur le sujet[93]. De plus, dans la plupart des États occidentaux, la répression des rapports sexuels entre majeurs et mineurs sexuels demeure d’actualité : aux États-Unis[94], il existe des sites Internet répertoriant les lieux d’habitation des anciens criminels sexuels[95].

Né avec la Révolution Sexuelle et toléré seulement à cette époque, l’activisme pédophile fait depuis vingt ans l’objet des critiques et d’une désapprobation de plus en plus grande de la part des sociétés dans lesquelles il s’était développé. Il est aujourd’hui majoritairement considéré comme une sorte de débordement[26] dû aux idéaux utopiques d’alors[19].


 

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