Qu’est devenue la NAMBLA, association pro-pédophile américaine ?

L’Association pour l’amour entre hommes et jeunes garçons est, selon plusieurs rumeurs, en train de disparaître.

Source (2016) : vice.com

nouvelles-de-la-nambla« Il va falloir attendre plusieurs décennies pour que cette société envisage d’avoir un débat honnête sur les enfants et le sexe », m’a écrit Eric Tazelaa sur Twitter. Ce militant pro-pédophilie prétend être un membre du comité directeur de la NAMBLA – l’Association nord-américaine pour l’amour entre hommes et jeunes garçons – et s’inquiète de l’avenir de l’organisation.

Ses craintes ne sont pas infondées. La NAMBLA, qui fut pendant un temps un défenseur actif de la pédophilie, n’a plus grand-chose à voir avec ce que j’appelle la pédosphère actuelle. Le nombre de ses membres est difficile à définir, de même que ses activités, mais après avoir parlé avec certains de ses anciens membres présumés et des opposants du groupe, il semble que les effectifs aient beaucoup diminué.

« Il n’y a plus qu’une poignée de personnes impliquées », m’a dit un ancien membre de la NAMBLA qui se fait appeler « Icarus » sur le forum de discussion pédophile boychat.org.

Certains pédophiles préfèrent se définir comme étant « attirés par des mineurs ». Ils ont leur propre langage dans la pédosphère, et sont divisés en deux communautés, les « boylove », et les « girl love ». Certains d’entre eux se disent « anti-contact » – ils n’ont jamais eu de relations sexuelles avec des enfants et luttent en permanence contre leurs pulsions – la NAMBLA quant à elle serait considérée comme un groupe « pro-contact ».

Todd Nickerson, ancien pro-contact et membre du groupe en ligne Virtuous Pedophiles ou « VirPed », a osé révéler son penchant au grand jour. Avant d’apprendre à maîtriser ses pulsions, il avait de la sympathie pour la NAMBLA. Il voit désormais les membres de cette organisation comme des chefs de secte. « Ils sont effrayants parce qu’ils s’investissent pleinement dans ces revendications. Ils sont intelligents et charismatiques, mais ils vont beaucoup trop loin », m’a expliqué Nickerson par mail.

« Je méprise ce qu’ils représentent et ce qu’ils font », a déclaré Brett Matthews, un autre membre de Virtuous Pedophiles. Selon lui, les membres de la NAMBLA « font croire qu’ils militent pour les droits des enfants », avant d’ajouter : « Je n’ai jamais vu des enfants revendiquer leur droit à avoir des relations sexuelles avec des pédophiles ».

Les pédophiles qui passent à l’acte sont plus détestés que jamais. Le mois dernier, Kathleen G. Kane, procureur général de Pennsylvanie, a qualifié d’« odieux » les abus sexuels commis dans un diocèse catholique en Pennsylvanie. Ce fut un jour après que le film Spotlight – l’histoire des journalistes du Boston Globe qui découvrent des cas d’abus sexuels similaires – a remporté l’Oscar du meilleur film. Les États-Unis, comme la plupart des pays, réprouve les adultes qui ont des rapports sexuels avec des enfants.

Non pas que les gens aient déjà eu un avis plus favorable sur la pédophilie, mais la NAMBLA visait à donner une nouvelle image des pédophiles, un peu moins effrayante. Lors de sa création en 1978, l’organisation avait des objectifs utopiques tels que la visibilité et l’acceptation sociale.

L’adhésion à la NAMBLA permettait de socialiser avec d’autres membres lors des manifestations de militants, et d’être abonné à la newsletter NAMBLA. Les causes politiques originales de la NAMBLA étaient la suppression d’un âge légal de consentement, et la relaxe des personnes incarcérées pour pédophilie. En tant que groupe de défense, la NAMBLA a cherché à prouver à l’Amérique du Nord que la pédophilie était une question de droits civiques – et surtout, elle considérait que la pédophilie était une orientation sexuelle comme une autre et entendait la faire reconnaître comme telle. Selon la NAMBLA, les enfants devraient pouvoir décider quand et avec qui ils ont des rapports sexuels.

« Pendant une brève période dans les années 1970, l’idée de mener une révolution sexuelle pour les enfants a fait son chemin dans la tête de quelques personnes. Évidemment, cela n’a pas marché », raconte Ethan Edwards, membre de Virtuous Pedophiles.

Les pédophiles, même ceux qui voulaient vraiment éviter d’avoir des rapports sexuels avec des enfants, étaient tentés d’adhérer à la NAMBLA à son apogée. Au début des années 1990, Brett Matthews, qui arrivait vers la fin de son adolescence, a entendu parler de la NAMBLA et pensait que c’était un groupe de soutien pour les pédophiles. « Je n’avais jamais parlé à un autre pédophile avant, je pensais que ça me permettrait de ne plus me sentir seul ». Matthews a vérifié s’ils avaient une ligne directe, et c’est là qu’il a appris qu’ils prônaient la légalisation des relations sexuelles avec des enfants. « Je ne peux pas mettre assez de distance entre moi et ces gars-là », se souvient-il avoir pensé.

En 1993 est sorti le fameux documentaire Chicken Hawk : Men Who Love Boys, dans lequel plusieurs membres de la NAMBLA dévoilèrent aux yeux du monde leur identité, leur visage et leurs sentiments. Ce fut un geste audacieux mais infructueux, qui marqua le début de la fin de cette organisation.

Le film est un aperçu de la vie de quelques-uns des plus éminents « amateurs de garçons », y compris Leyland Stevenson, qui fait part de son désir de jeune chair, et donne un récit détaillé de ses conquêtes sexuelles. Les membres de la NAMBLA ont suscité une certaine sympathie suite à ce film, mais dans l’ensemble, la plupart des téléspectateurs ont estimé que le film avait fourni aux criminels une corde pour se pendre.

À l’époque, la NAMBLA était associée aux groupes de défense des droits LGBT, qui ont peu à peu pris leurs distances. L’International Lesbian and Gay Association (ILGA) a fait face à une avalanche de critiques en 1993 quand elle a pris la parole à l’ONU en faveur des groupes LGBT — des groupes de droite l’ont descendu pour sa connexion avec la NAMBLA, ce qui a poussé l’association à couper ses liens avec le groupe. Par conséquent, « l’activisme s’est épuisé », selon Icarus.

Selon Nickerson, la NAMBLA a beaucoup souffert de son exil de la communauté LGBT. À l’époque, Nickerson était attiré par les jeunes filles et s’est quelque peu lié d’amitié avec des membres de la NAMBLA. « La communauté LGBT acceptait les pédophiles », m’a-t-il dit. Mais après 1994, les homosexuels « ont tourné le dos aux pédophiles quand ils ont commencé à acquérir une certaine respectabilité », selon la NAMBLA.

Sans activisme, la NAMBLA n’était qu’un simple bulletin d’information, qui selon Icarus était « une bonne source d’information et de camaraderie ». Mais à cette époque, « les membres se sont tournés vers des plateformes Internet où ils pouvaient être anonymes, contrairement à la NAMBLA, où il fallait payer une cotisation annuelle et fournir sa véritable adresse pour obtenir le bulletin d’information. »

« Les groupes pro-pédophiles se sont organisés sur Internet sous différents noms », a dit Xavier Von Erck, directeur des opérations de l’organisation anti-pédophile Perverted-Justice. On peut citer notamment DanPedo, BoyChat et Annabelleigh. « Ces groupes en ligne ont eu plus de succès ».

La proéminence de la lettre d’information est également devenue un frein. En 1995, le comédien Barry Crimmins, qui avait été victime de viol dans son enfance, s’est servi du bulletin de la NAMBLA pour attirer l’attention sur la sollicitation des mineurs sur les chats américains. « En 1995, il fallait aller trouver leurs documents imprimés », a-t-il déclaré à VICE. Selon lui, ce document a aidé à comprendre ce que les pédophiles étaient prêts à faire jusque sur les chats. « La NAMBLA sert de couverture à leurs dépravations. »

« Ils seraient risibles s’ils n’étaient pas aussi dangereux et horribles », a déclaré Crimmins.

Mais au cours des deux dernières décennies, le groupe est devenu sujet aux railleries suite à un épisode de South Park . L’épisode intitulé « Cartman s’inscrit à la NAMBLA » met en scène un quiproquo hilarant entre la vraie NAMBLA et une autre « NAMBLA », la North American Marlon Brando Look-Alikes – les sosies nord-américains de Marlon Brando.

Mais au moment de la diffusion de cet épisode, le groupe commençait à paraître aussi fictif que le groupe de fans de Marlon Brando dans la série. En 2001, le Boston Magazine a annoncé que la NAMBLA était « proche de l’extinction ». Au milieu des années 2000, le Daily Show a commencé à tourner la NAMBLA en dérision et balançait cet acronyme à consonance anodine pour combler les blancs.

Mais la NAMBLA traîne toujours quelque part, selon Tazelaar. « Elle existe toujours, mais ses effectifs ont fortement diminué », écrit-il. « Cela est dû aux applications de la loi qui ont effrayé tout le monde il y a un certain nombre d’années ».

Selon le San Diego Union-Tribune, une descente au Mexique a permis de mettre sept membres de la NAMBLA derrière les barreaux, dont un chef de file national et un organisateur d’événements.

Selon William Percy, historien et défenseur de la pédérastie, qui m’a affirmé ne jamais avoir fait partie de la NAMBLA, ces arrestations ont été « le coup de grâce » pour l’organisation. (Le FBI a refusé de commenter ces arrestations).

Depuis, la NAMBLA ne fait presque plus rien. « Nous ne répondons pas aux questions sur le nombre de membres. Nous ne publions plus de bulletins papier, etc », a déclaré Tazelaar.

Le site ne propose pas grand-chose. La page de contact comprend une adresse postale et deux numéros de téléphone, dont l’un ne semble plus être attribué, tandis que l’autre mène à la messagerie vocale d’une entreprise apparemment sans rapport. Il y a aussi l’adresse électronique d’un certain Arnold Schoen, qui a répondu aux demandes des médias en 2010. Mais mes mails à M. Schoen sont restés sans réponse.

Mais selon Tazelaar, cela ne signifie pas que la NAMBLA est morte. « Nous avons encore un certain nombre de membres qui paient des cotisations avec diligence, ce qui nous permet de maintenir un référentiel sur le web des opinions actuelles et historiques de la NAMBLA. »

Selon Von Erck, son groupe d’activistes sur Internet a perdu tout intérêt pour la NAMBLA depuis cette série d’arrestations et de condamnations des militants pédophiles.

Même Percy, qui aspire à la légalisation de la pédérastie, ne semble pas consterné par le déclin de la NAMBLA. « Ils étaient tous tarés », m’a-t-il dit , ajoutant : « J’ai toujours pensé qu’ils devraient militer pour que l’âge de consentement passe à 14 ans ». Il pense que la NAMBLA « s’est mal débrouillée en exigeant la suppression de l’âge de consentement car cela a au contraire facilité le relèvement de l’âge du consentement ».

Un autre intervenant anonyme de Boychat, Observer, semblait également aigri vis-à-vis de la NAMBLA. En réponse à ma question, il a écrit une sorte de prose mélancolique : « Dans cent ans… quel regard aura l’histoire sur la NAMBLA ? A-t-elle aidé à attirer l’attention du public sur l’attirance pour les garçons ? » Il a demandé. « Je pense que certains verront la NAMBLA comme quelque chose de négatif ».

NAMBLA ou pas, le « boylove » est toujours d’actualité. « Cette idéologie est encore vivante, et elle est partout », m’a dit Matthews, et selon lui, les personnes qui la prônent ne veulent pas entendre raison. « J’ai discuté avec ces gens pendant 20 ans, mais j’avais l’impression de parler à un mur. »

@mikeleepearl


 

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