Pédophilie au féminin – un curieux « tabou »

« Pédophilie féminine »…

« Lorsqu’on prononce, en les associant, ces deux mots, notre interlocuteur nous regarde d’abord avec incrédulité puis, dans un deuxième temps, demande : « ça existe vraiment ?! » La pédocriminalité a récemment conquis l’espace médiatique, mais ce crime est encore tabou quand il est commis par une femme. »

« Notre société refuse l’idée que la sexualité féminine puisse être violente, dominatrice et qu’elle puisse être active. Dans sa vision toute masculine, la femme est une icône : celle qui donne la vie, protège son enfant et l’élève dans la douceur. Elle est l’épouse, la compagne ou la maîtresse aimante.

Dans l’horreur, la violence sexuelle, elle ne peut être l’égale de l’homme, sous prétexte de faire exploser l’ordre sociétal. L’idée qu’une femme puisse abuser d’un enfant est l’ultime forme de discrimination. Occulter cette transgression sexuelle, c’est contester, peut-être inconsciemment mais, par définition, toute sexualité féminine. Les femmes pédophiles reproduisent, en tout point, le schéma de leurs homologues masculins. En grande majorité, elles se cachent dans le milieu familial ou le cercle des proches.

S’il y a peu de prédatrice, c’est que souvent leur métier leur donne accès à l’enfant. Les agressions sexuelles commises sur des mineurs sont considérées comme les crimes les plus horribles, mais lorsque l’acte est perpétré par une femme, par une mère, on touche à l’impensable, à l’irreprésentable, à l’indicible. » (Réalisation : Jean-Pierre Igoux – francetvod) »
(Source)

A propos de « L’ultime tabou. Femmes pédophiles, femmes incestueuses ». Anne Poiret (2006)

Un livre très important : c’est la première étude francophone de vulgarisation sur le sujet, qui essaie d’en aborder toutes les facettes. Jusqu’ici, il n’y avait qu’un livre américain et quelques thèse de psychologie ou de droit.
L’auteure est journaliste. Elle a réalisé en 2004 un documentaire sur le sujet pour l’émission « Zone interdite » sur M6. Pour ces deux travaux, elle a recueilli des témoignages de victimes des deux sexes, et de femmes pédophiles ou incestueuses, dans plusieurs pays, et dans les deux cas avec beaucoup de difficultés.
On y trouve donc les principales données du problème :

– en ce début du XXIe siècle, très peu de gens connaissent l’existence des abuseuses. Très peu aussi acceptent d’y croire lorsqu’ils en sont informés, y compris parmi les professionnels de la santé ou de la protection de l’enfance.
– il y a à cela plusieurs raisons : les victimes ne parlent pas de peur de n’être pas crues ; il est difficile de porter plainte contre sa propre mère ; pour les garçons, la sensation de l’érection est difficilement compatible avec l’identification à l’état de victime ; dans nos sociétés, l’image de la mère est sacrée.
la justice, qui est imprégnée de cette image, a tendance à protéger les abuseuses, en les orientant par exemple vers la psychiatrie.
– l’étude américaine de Mathews (1989), qui fait autorité, distingue trois types d’abuseuses : les Teacher Lover tombent amoureuses d’enfants pubères et d’adolescents, généralement de sexe masculin – les Predisposed intergenerational offender s’attaquent à des enfants impubères – les Male-coerced offenders agissent en complicité avec un homme. La majorité de ces femmes abusent d’enfants qui ont un lien de famille direct avec elles.
 – les abus exercés par les abuseuses sont les mêmes que ceux exercés par les abuseurs. L’abus féminin peut prendre des formes spécifiques : toilettes anormalement approfondies, abus déguisé en initiation précoce valorisante. Les victimes du deuxième groupe sont plus jeunes que celles des abuseurs.
– et ils provoquent les mêmes dégâts chez les victimes, avec une souffrance accrue du fait que l’abus subi n’est pas reconnu par la société.
– le code pénal de 1994, qui définit le viol comme un « acte de pénétration sexuelle » est discriminatoire à l’encontre des hommes : il évite cette qualification à toutes les femmes qui abusent les enfants et adolescents sans pratiquer de pénétration.
– les chiffres : en 2001, la proportion de femmes dans les mis en cause pour viols et agressions sexuelles sur mineurs est de 3% (en augmentation constante depuis 1993). Elle est de 11% pour les cas que la SNATEM (le 119) a transmis à la justice. La proportion réelle doit être beaucoup plus élevée, puisque les victimes se révèlent peu, et parce que la justice est magnanime avec les abuseuses.
– les recherches : quoiqu’insuffisantes, elles existent aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, avec des stages de formation dans ce dernier pays. En France, rien.
Cet ouvrage est appelé à jouer le même rôle que L’homme battu de Sophie Torrent dans le domaine de la violence conjugale féminine. Les ressemblances entre le traitement, ou plutôt le non-traitement social des deux types de violences sont d’ailleurs évidents. Le sous-titre de L’homme battu ne comporte-t-il pas lui aussi le mot « tabou » («  Un tabou au cœur du tabou ») ?
Patrick Guillot
 L’ultime tabou. Femmes pédophiles, femmes incestueuses. Anne Poiret. ed. Patrick Robin, France, 2006
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